L'Héritage des Ténèbres Index du Forum
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Cameron Ford
Moldus/Cracmols

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Avatar: Christopher Meloni
Profession: Commandant d'Interpol

MessagePosté le: 08/07/2013, 22:44    Sujet du message: Exit Omerta Répondre en citant

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Les poings appuyés sur le bord de la longue table éclairée d’une lumière blanche, les sourcils froncés par la concentration, le commandant Cameron Ford écoutait avec attention les explications complexes de Leah Brown. L’informatique faisait plus de miracles que quiconque ne pouvait l’imaginer, et elle était en train de le lui démontrer par A + B. Mais Ford était loin d’être convaincu. Il était de la vieille école. S’aider d’outils informatiques pour conduire un interrogatoire et surveiller ses suspects, très peu pour lui, quand bien même tous ces gadgets qu’elle lui présentait étaient-ils très jolis.

Il fut sauvé par le gong lorsque quelqu’un frappa à la porte déjà ouverte du laboratoire. Brown et Ford se retournèrent d’un même mouvement, accueillant d’une œillade suspecte l’interruption de Moore dans leur réunion. Celui-ci se tenait appuyé dans l’encadrement de la porte, visiblement déjà tout prêt à repartir dans l’autre sens.

« Chef, je pense que ça va vous intéresser. » Ce fut la seule phrase qu’il prononça avant de disparaître aussitôt dans le couloir. Ford échangea un regard intrigué avec Brown, mais celle-ci se contenta de hausser les épaules, marquant son ignorance sur la situation.

« On reprend ça plus tard. » Ordonna Ford en quittant le laboratoire à son tour. Il ne savait même pas où Moore avait bien pu disparaître, mais l’agitation évidente provenant du boyau principal du département des « Specimen » - du nom donné aux sorciers qui travaillaient pour Interpol – était plus parlante qu’un plan détaillé.

Il tourna dans l’angle du couloir. Là, devant-lui, une dizaine de ses agents formaient plus ou moins deux rangées, leur stupide bout de bois tendu en avant. Face à eux, face à lui, un homme se tenait dans la même posture menaçante. Le seule détail véritablement incongru de cette scène était les joues inondées de larmes de l’inconnu.

« Baissez-moi ces trucs, imbéciles ! » Tonna Ford d’une voix forte à l’intention de ses hommes, qui s’exécutèrent aussitôt. Le commandant se fraya un chemin parmi les agents, et se planta face à l’ennemi, sans ciller le moins du monde devant cette baguette qui se tenait à présent à quelques centimètres de son nez. Calmement, comme s’il ne s’agissait que d’un vulgaire bâton de sourcier, il prit la baguette à pleine main et l’envoya sèchement valser au loin. L’homme, tellement étonné de son geste, n’eut même pas l’idée de se défendre d’une quelconque manière.

« Vous êtes là pour quoi au juste ? » Demanda Ford d’un ton qui laissait doucement poindre son agacement. L’homme renifla, les larmes ruisselant sur son visage, et resta quelques secondes à observer Ford, avant d’avouer :
« Je m’appelle Graham Ainsworth, je suis un agent de l’O, et je viens me livrer. »

Silence dans l’assistance. Ford passa lentement une main sur son menton, et tête basse, se tourna pour aviser les réactions des agents derrière lui. Ils étaient encore sur le qui-vive, prêts à bondir s’il le fallait, en tout cas dans l’attente de ce que ferait leur supérieur. Puis il refit face à l’homme qui disait s’appeler Ainsworth.

« D’accord. Et pourquoi faut-il que vous soyez menaçant pour nous faire ce genre d’annonce ? Vous savez que les repentis, ici on les accueille avec du Dom Perignon ? »

L’homme ne goûtait visiblement pas l’humour de Ford, mais cela lui passait complètement au-dessus de la tête. Du moment qu’il avait des choses intéressantes à lui livrer.

« Je vous donne tout ce que vous voulez savoir, mais en échange, j’exige une totale protection pour moi et ma famille. »
« Ca me semble aller de soi. »
Répondit Cameron en croisant les bras sur son torse. « Autre chose ? Du thé ? Des biscuits ? »

Derrière ses larmes, Ainsworth écarquilla légèrement les yeux, et Ford leva les siens au ciel.

« Va falloir apprendre à décompresser là, mon gars. Ca me ferait chier de vous voir clamser avant même que vous ayez fourni la moindre info. Stanford ! Occupe-toi de trouver une salle confortable pour notre invité. Et la paperasse pour le mettre sous protection des témoins. »

***


Ford et McGarrow se tenaient tous les deux face à l’immense pyramide de l’O qu’ils avaient confectionnée avec les informations données par l’ex-agent. McGarrow était tellement fier de cette avancée soudaine dans leur enquête qu’il en était tout fébrile et ne tenait pas en place. Ford, à côté, le regard fixé sur la carte en se frottant le menton, avait l’air de s’en foutre complètement.

« On fait quoi de tout ça, maintenant ? » Demanda l’écossais avec impatience. Ford prit une grande inspiration.
« Il faut qu’on fasse les choses bien, McGarrow. On a une mine, là. Ou elle nous mène à un trésor, ou elle fait boum. On va donc y aller lentement. On n’emmène pas les bulldozers dans leur vieux village de ploucs, là… »
« Little Swang. »
« On les fait venir à nous. »
« Comment ? »
« On commence au milieu du tableau. »
Annonça Ford en tapotant son index sur le nom d’un des agents de l’O, qu’on aurait pu croire choisi au hasard s’il ne s’était pas agi de celui d’Antonio Rosa. McGarrow savait que Ford estimait avoir quelque chose à finir avec ce voyou qui lui avait filé plusieurs fois entre les doigts.
« Comment est-ce que tu comptes le faire venir, lui ? S’il n’est pas complètement stupide, il sait que tu l’as dans le collimateur. »
« T’inquiète pas, McGarrow, t’inquiète pas. J’ai encore des cartes dans ma manche. »


***


« Cool, z’êtes là ! » S’exclama Callum en pénétrant dans pavillon qui renfermait la salle de repos des agents de l’O. Il sautait déjà partout, mais ses collègues ne lui jetèrent un regard que vaguement intrigué. Ils avaient l’habitude du phénomène. Rose et le duo Lardner/Faulkner se tenaient dans un coin de la salle, Tony et Brook dans l’autre.

Callum se précipita dans un bond vers la télé pour changer la chaîne et s’arrêta sur la BBC qui diffusait à cet instant précis les informations au sujet de cet ancien membre d’un groupuscule terroriste qui s’apprêtait à livrer des informations cruciales lors d’une conférence de presse prévue pour le lendemain.

« Mais c’est Graham ! » S’exclama Morgan Faulkner, au comble de la surprise. Pas plus tard que la veille, ils avaient achevé une mission ensemble. Elle s’était plutôt mal déroulée, certes, et ils avaient plus d’une fois vu leur vie défiler devant leurs yeux, mais ils avaient fini par retourner la vapeur et s’en sortir avec les honneurs, qui plus est.

Les autres agents, qui n’avaient prêté qu’une attention moyenne au programme, levèrent la tête vers la télé comme un seul homme. A l’écran, on voyait les images volées de cet homme qui quittait le QG londonien d’Interpol en se dissimulant à moitié, sous la lumière des flashes des journalistes.

« La conférence de presse est prévue demain à 10h dans les locaux-mêmes de la BBC… » Disait la voix-off par-dessus les images. Les agents étaient tous bouche bée.

« C’est une blague ? » Souffla Rose, qui tenait encore sa canette de jus de fruit à mi-chemin entre la table et ses lèvres.
« Comment t’as entendu parler de ça, Callum ? » Demanda Morgan.
« Ca a été jusqu’à chez les aurors et j’ai vu qu’on en parlait partout ! Madame, ‘nous a bien eus, l’zigoto ! S’il parle, on l’a tous dans l’os ! Parait qu’il a tout vendu à Interpol ! »
« Ben ça alors… »
S’étonna Rose.

Interpol. Leurs meilleurs amis. Tony et Brook échangèrent un regard équivoque, mais avant qu’ils aient pu formuler quoi que ce soit, ce fut Callum lui-même qui vint à eux :

« J’crois pas que Caro soit au courant d’quoi qu’ce soit. Ca vient juste de tomber, mais là, moi j’peux vraiment pas aller faire l’tour pour prév’nir tout l’monde, sinon y vont m’capter chez les aurors. Vous avez d’jà eu affaire à Ford, nan ? Vous pouvez d’mander à Caro d’vous occuper d’l’affaire ! »
« Ce mec mérite juste d’être exécuté sur le champ !
» Renchérit Morgan en se levant de sa chaise. « A mon avis, c’est à nous de nous en occuper. » Ajouta-t-il en pointant sa partenaire de la main. Callum haussa les épaules.
« Bah c’pas moi qui décide ! Z’avez qu’à aller voir Caro ! Elle vous dira quoi faire ! Bon moi j’me taille, j’veux pas m’faire zigouiller par Scrimgeour ! »

Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Callum avait déjà disparu de la pièce, créant une étrange impression de vide. Les deux duos Brook/Tony et Lardner/Faulkner s’affrontèrent du regard pendant une seconde, avant de courir pratiquement jusqu’à la sortie de la salle, sous le regard ahuri de Rose, qui, elle, n’avait pas bougé de sa place.

C’est presque au pas de course qu’ils traversèrent tous les quatre la place du village.

« Franchement, vous avez pas un gosse à vous occuper ? Brook, tu devrais être en train de l’allaiter à l’heure qu’il est ! »
Déclara Morgan sans ralentir la cadence. La réaction de Brooklyn ne se fit pas attendre. A peine avait-il terminé sa phrase que le tueur à gage de l’O se retrouvait à moitié soulevé du sol par la poigne de Brooklyn serrée sur sa gorge.
« J’ai pas de leçons d’éducation à recevoir d’une pseudo-vedette de télé ! »

Morgan avait les deux mains accrochées sur le poignet de Brooklyn, et à côté d’eux, ni Tony ni Gillian ne firent le moindre mouvement pour arrêter la jeune femme. Tony était bien trop admiratif pour ça. C’était comme ça qu’il la préférait, sa bad girl.

« Jones, relâchez-le ! » Ordonna brusquement derrière eux la voix cassante de Jack Macmillan. Vêtu de son éternel treillis kaki, il avait les bras croisés sur le torse et toisait son soldat avec sévérité. Brooklyn flancha légèrement avant de lui obéir. Il n’était pas homme à être contrarié. Faulkner, une fois relâché, écarta légèrement le col de sa chemise, à moitié plié en deux, non sans détruire littéralement Brooklyn de son regard bleu. Gillian se pencha vers lui, concernée, mais il eut un mouvement sec de l’épaule pour l’inciter à retirer la main qu’elle y avait posée.

« C’est pas maintenant que j’ai besoin que tu réagisses ! » S’exclama-t-il, vexé, avant de s’éloigner de la place à grands pas.
« C’est au sujet d’Ainsworth ? » Demanda alors Gillian à Macmillan, qui approuva d’un simple hochement de tête.
« Et vous mettez qui sur le coup ? » Elle se doutait qu’il n’était pas venu jusqu’à eux dans le simple but de stopper leurs chamailleries de cour d’école.
« Jones. »

Gillian ne chercha pas plus d’explication et s’éloigna à son tour pour rattraper son partenaire.

« Jones toute seule ? » Demanda Tony en fronçant les sourcils. Il avait envie d’être sur la mission, lui aussi ! Pas pour casser du traitre, non ! Si lui-même ne se permettrait jamais la moindre trahison envers Carolyn, il ne comprenait que trop bien les élans de certains autres. Du moment qu’il ne s’agissait pas de Brooklyn. Car tous les traitres finissaient par payer. Mais Interpol était sur le coup, et il la voulait, cette confrontation avec cet empaffé de Ford.

« Il y aura déjà Doll sur le coup, et ils n’ont pas besoin d’être plus que deux sur cette affaire. Suivez-moi, Jones, que je vous briefe rapidement. » Et Macmillan s’éloigna de la place à son tour, talonné par Brooklyn qui tourna néanmoins un vague regard narquois à l’intention de Tony.
« T’auras qu’à t’occuper de ton gosse en attendant ! » Dit-elle à la cantonade.
« C’est le tien aussi ! » S’écria Tony d’une voix forte et éraillée, pour être sûr que celle-ci parvienne jusqu’à Brooklyn qui était déjà à plusieurs mètres de distance. Il enfonça profondément les mains dans ses poches et resta planté au milieu de la place jusqu’à ce que la jeune femme disparaisse totalement de son champ de vision, le regard noir, les épaules voûtée, et le soleil qui commençait à se coucher, là-bas de l’autre côté.

« Chier… »

_________________
FORD

Moldu
Commandant et responsable de la section sorcière d'Interpol
08/07/2013, 22:44
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Brooklyn Jones
Sorcier

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MessagePosté le: 09/07/2013, 20:09    Sujet du message: Exit Omerta Répondre en citant

Interpol aussi était branché sur la BBC à ce moment là, mais c’était à peine si on entendait les commentaires des journalistes à travers les exclamations des agents. A se demander qui étaient les véritables ennemis : les terroristes ou les journalistes ? Dans un cas comme celui-ci, avec une procédure de protection de témoins en marche, on fuyait les médias comme la peste. McGarrow était déjà en train de briefer ses équipes quant à la stratégie à adopter pour la surveillance du bâtiment tout en étant pendu à son téléphone pour tenter d’obtenir des autorisations auprès des autorités concernées. Seul Ford semblait détendu – chose assez rare pour le signaler – assis sur un coin de table, observant avec intérêt le pan de mur tapissé de notes et de photographies de l’O.
Quelques minutes plus tard, l’agitation s’était déplacée de la salle de réunion aux couloirs de l’agence. Les consignes avaient été données et chacun allait, tant bien que mal, tenter de les appliquer. McGarrow poussa un profond soupir et alla rejoindre Ford.

« Je peux savoir pourquoi t’es si calme ? Le monde entier va être mis au courant pour l’O ! On marchait dans un marécage… ça va être un véritable champ de lave après ça ! Bon sang si je chope le con qui a contacté les médias je le…
- C’est moi le con !
coupa Ford sans quitter des yeux le portrait de Carolyn qui était juste à la hauteur de ses yeux.
- Quoi ? Mais à quoi tu joues ? Ces malades ne vont pas laisser Ainsworth parler sans réagir ! Je ne serais pas étonner de voir tout le bâtiment exploser dans un feu d’artifice demain matin ! Tu sais qu’ils n’ont aucun scrupule… Franchement Cameron, cette affaire commence sérieusement à te monter à la tête, tu devrais prendre du recul… pendant quelques semaines ! »

Ford finit par tourner la tête pour ancrer son regard dans celui de son second. Il n’avait rien de menaçant, au contraire, il semblait presque… amusé.

« Evidemment qu’ils vont vouloir le descendre, et c’est bien ce que j’espère ! Qu’ils viennent ces connards !
- Par Merlin Cameron, ressaisis-toi ! Tu divagues complètement !
- Bordel Gowan, j’ai l’impression que je suis le seul à avoir un cerveau ici ! Tu crois franchement que je vais sacrifier des mois et des mois d’enquête pour un crétin comme Ainsworth ? Il ne dira rien… pour la simple et bonne raison qu’il n’atteindra jamais les locaux de la BBC.
- Comment ça ?
- Parce qu’ils ne vont pas se contenter de le liquider sans savoir ce qu’il nous a dit. Ils vont vouloir le kidnapper et ils ne vont certainement pas prendre le risque de le faire pendant la conférence. Le bâtiment sera sous surveillance, ils ne pourront pas utiliser la magie… ils feront ça avant, j’en suis certain.
- On ne peut être sûr de rien avec eux. Qu’est-ce que tu comptes faire alors ?
- Je te tiendrai informé en temps et en heure, pour le moment, trouve-moi un… alchimiste ou un druide de ton espèce !
- Sérieusement Cameron ?
- Discute pas ! Le temps presse. »


***
  

- Alors ? demanda Tony quand Brooklyn revint de son débriefing avec MacMillan.
- Alors quoi ?
- Bah… j’sais pas, qu’est-ce qu’ils te demandent de faire ?
- C’est bien la première fois que ça t’inquiète.
- Peut être parce-que c’est la première mission que tu as depuis la naissance de Santo et que j’ai peut être pas envie de me retrouver père célibataire tu vois !
- Ah c’est donc ça, tu as peur de te retrouver tout seul à l’élever !
- Pour ce que ça changerait…


Brooklyn lui lança un regard glacial qu’il ne chercha pas à défier. Il avait passé une nuit quasi-blanche à cause des pleures de son fils, il n’avait pas envie de se fatiguer d’avantage en s’engueulant avec elle. Mais il avait raison et Brooklyn en était parfaitement consciente. Cette mission était une occasion inespérée de fuir sa vie de mère et quand bien même elle l’envoyait dans un nid de Moldus, c’était un sacrifice tout à fait acceptable.

- Une exécution, avoua t-elle néanmoins. Doll sera sur place pour me faire entrer et sortir et moi je dois isoler Ainsworth, lui extraire sa mémoire et le tuer discrètement.
- Tu vas devoir utiliser ta baguette ?
- J’ai beaucoup progressé tu sais ! Tu veux vérifier ?
Dit-elle en pointant sa baguette sur le torse de Tony.

Il aurait certainement rit et jouer de la provocation s’il n’avait pas eu Santo dans les bras à ce moment là, menacé par la baguette de Brooklyn. Cette dernière mit un temps avant de réaliser l’ambigüité de la scène et baissa aussitôt son arme.

« Je dois y aller de toute façon. Je dois voir les plans de la BBC avec Doll pour demain et on va certainement y passer la nuit. »


Elle rassembla ses affaires dans un sac en toile et alors qu’elle était sur le point de tourner les talons, elle sentit une main agripper son avant bras. Elle eut à peine le temps de se retourner que les lèvres de Tony étaient déjà collées aux siennes. A ce simple contact, elle perdit toute sa hargne et sa colère pour n’être qu’un semblant de guimauve. Et dans ce moment de faiblesse, sa main alla caresser le dos de son fils.

***

  
La BBC était un immense complexe aux formes arrondies fait de verre et de briques rouges. Il n’était pas très haut mais s’étalait sur tout un quartier à l’ouest de Londres. Dès l’aube, le bâtiment et la rue avaient été pris d’assaut par les caméras de télévision du monde entier. Les journalistes se disputaient le meilleur angle de vue si bien qu’ils étaient tous collés les uns aux autres sur une centaine de mètres. Ils commençaient déjà à rapporter tout ce qu’ils pouvaient pour combler jusqu’à l’heure de la conférence : un mouvement de rideau au 1er étage, l’arrivée du traiteur jusqu’au reportage sur le renard du parc qui n’avait rien demandé mais qui avait eu droit à son heure de gloire pour des millions de téléspectateurs.

Le journalisme…

Dans une fourgonnette blanche, garée sur le parking des visiteurs, Brooklyn se laissait équiper par Rick et écoutait les dernières consignes de MacMillan. Après six mois d’arrêt, elle renouait avec l’adrénaline et quand bien même elle avait une vie « rangée », elle ne pourrait jamais abandonner cette sensation qu’elle avait toujours connue et qui l’avait forgée. Pour sa mission, elle portait l’uniforme destiné aux hôtesses : jupe droite noire, chemisier blanc et plateau en argent vissé à la main gauche. Sa baguette était glissée dans un fourreau qu’elle portait à la cuisse droite et elle dut laisser son Beretta à son supérieur malgré tous les efforts qu’elle avait fait à le dissimuler. MacMillan n’était pas idiot, il commençait à connaître le phénomène. Brooklyn était prête et ce fut à cet instant que la porte du van glissa pour laisser entrer Austin Doll.

"Regardez-moi toutes ces sangsues de journalistes de mes deux ! Regardez l’air con qu’ils ont !
s’exclama Austin, le nez collé à la vitre teintée.
- Tu es journaliste… répliqua Brooklyn, amusée.
- Ouais, j’ai pas choisi ! Foutue couverture ! Je t’avaderais tout ça en moins d’une seconde… je suis sûr que j’aurais un stade à mon nom.
- Tu as la carte ?"
coupa MacMillan qui commençait à se demander s’il avait bien fait d’associer Brooklyn et Austin.

Entre la première qui était prête à faire les bombes humaines dans une fourmilière de Moldus et le second qui se trouvait être un psychopathe condamné à jouer les lèches-bottes…

« Je vous raconte pas ce que j’ai dû faire pour obtenir cette putain de carte de presse moldue ! J’ai bien cru que les Harpies (Fletcher, Skeeter et Bell dans le langage Doll) allaient m’éviscérer sur place. Vous auriez vu leur tête à toutes les trois quand Cuffe m’a choisi pour la conférence… ah Merlin, c’était beau… Par contre…. Va falloir envoyer Imbert avant que Cuffe ne fasse couler la Gazette, j’y suis peut être allé un peu fort avec mon Impero.
- Je lui envoie un Patronus.»
Soupira MacMillan en agitant sa baguette.

De son côté, Austin se remettait lentement dans son rôle de timide mal fagoté qu’il jouait dix heures par jour et qu’il exécrait par-dessus tout. Bientôt on ferait entrer les journalistes dans la salle de conférences et il devait agir au plus vite pour que Brooklyn puisse mener à bien sa mission.

***  


Dans un autre van, garé à quelques mètres de là, McGarrow et une poignée d’hommes surveillaient l’avancé de la voiture qui transportait Ainsworth sur des écrans de contrôle. S’il affichait un visage serein, intérieurement, il fulminait. Quelle idée Ford avait eu là ! Il était fou !

Par précaution, il avait tout de même placé une équipe à l’intérieur du bâtiment ; l’extérieur étant quadrillé par Scotland Yard et une escouade d’Aurors « déguisée en Moldus ». Il jeta un œil aux photographies qu’il avait rapportées et qui rassemblaient les visages connus de l’Organisation. Il avait peu d’espoir d’en croiser un mais la prudence était de mise.

***   

Doll sortit en premier de la fourgonnette et s’immisça sans difficulté dans la foule de journalistes assoiffés de scoop. Brooklyn attendit quelques minutes et quitta le parking au pas de course. Elle contourna le bâtiment principal qui était celui réservé à la télévision et tout en prenant soin d’éviter les caméras de sécurité, elle alla attendre près d’une sortie de secours, que Doll vienne lui ouvrir. Il fallait pour cela, qu’il déjoue également le service de sécurité à l’intérieur … et il ne pouvait compter que ses talents d’acteurs ….
  

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26 ans

"Where there is desire, there is gonna be a flame.
Where there is a flame, someone's bound to get burned.
But just because it burns, doesn't mean you're gonna die. You gotta get up and try."
09/07/2013, 20:09
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Cameron Ford
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MessagePosté le: 17/07/2013, 22:11    Sujet du message: Exit Omerta Répondre en citant

Austin salua brièvement quelques collègues qu’il avait déjà eu l’occasion de rencontrer lors de conférences, et s’éclipsa rapidement sous le prétexte de sa timidité et sa gaucherie maladives. Des aspects plutôt positifs de sa personnalité dans ce genre de situation. Mais moins, sitôt que son oreille captait les commentaires de ces mêmes journalistes alors qu’il s’éloignait.

« Ahlala ce pauvre Doll ! Je me demande toujours comment il a réussi à avoir une carte de presse, ce pauvre type ! »

La mâchoire serrée, Austin enfonça les mains dans ses poches, sentant le contact rassurant de la baguette sous ses doigts. Ce serait un beau génocide qu’il ferait là, pour peu qu’on le laisse agir à sa guise. Mais non, à la place il se laissa bousculer, à moitié insulter, engueuler, et continua son ascension au milieu de ces abrutis de la pire espèce de journalistes. Il laissa malencontreusement échapper une petite bille transparente de sa poche, et la regarda faire son chemin au milieu de la foule qui la cognait et la piétinait sans même s’en rendre compte.

Puis il en sortit une autre, et encore une autre, tandis qu’il zigzaguait pour atteindre la sortie de secours derrière laquelle Brooklyn était supposée l’attendre. Oh, il ne craignait pas de tracer son chemin à la manière du petit poucet, vue la vitesse à laquelle les petites billes se baladaient entre les pieds du troupeau de journalistes.

« T’aurais pu aller plus vite encore ! » Grommela Brooklyn en redescendant mécaniquement la jupe noire et serrée qui avait tendance à remonter au-dessus de ses genoux.
« Oh, c’est bon, j’ai fait ce que j’ai pu ! De toute façon on va devoir poireauter encore, notre star internationale n’est toujours pas là. »

Brooklyn passa quand même à côté de lui le menton en l’air, et Austin referma la porte en ne cachant rien de la furieuse envie de lui arracher les ongles un par un qui le prenait. Il remit les mains dans ses poches et la rattrapa au moment où elle atteignait l’entrée du hall où avait lieu la conférence. Ils restèrent une seconde à observer tout ce beau monde qui faisait le pied de grue, puis se séparèrent sans s’adresser le moindre regard.

Austin s’enfonça au milieu de ses collègues et choisit une place où il aurait l’air particulièrement transparent au milieu d’une bande de gros bras qui avaient dû confondre l’annonce d’Ainsworth avec les résultats du County Championship. Il n’avait pas remarqué cet homme qui s’était brièvement figé lorsqu’il était passé à côté de lui, et qui avait sorti un minuscule cahier de sa poche intérieure, passant rapidement les photos qu’il contenait, avant de s’arrêter sur l’une d’elles.

Ryan Kinkade jeta un rapide regard panoramique autour de lui, et aperçut Fawkes non loin de lui. Il attendit que son collègue sente son regard sur lui, et d’un imperceptible geste du menton, lui désigna Austin posté un peu plus loin. Fawkes hocha brièvement la tête et se déplaça de sorte que Kinkade et lui puissent former le meilleur angle qui soit pour s’emparer du journaliste s’il venait à tenter de s’échapper.

Puis l’animation redoubla, lorsqu’on aperçut enfin la silhouette de ce fameux traitre qui souhaitait dénoncer les agissements d’un groupuscule terroriste appelé l’O, et que personne ne connaissait. Les flashes des photographes arrosèrent l’estrade sur laquelle l’homme montait, affichant une étonnante neutralité, le torse bombé avec aplomb. Il balaya l’assistance du regard, et comme s’il venait de réaliser face à quoi il se présentait, rentra la tête dans ses épaules et grimaça légèrement. Il tapota sur le micro et se racla la gorge.

Austin sortit discrètement sa baguette de sa poche et la tendit en direction de lui-même, invoquant une têtenbulle en informulé. Hormis Kinkade et Fawkes, personne n’avait remarqué ce qui venait de se passer. Le sort faisait comme une imperceptible membrane transparente qui se calquait sur son visage. On pouvait noter la supercherie si on y regardait bien, mais personne ne regardait Austin. Le premier réflexe des deux agents fut d’imiter son mouvement, avant de fendre la foule pour avancer dans sa direction. Mais la foule en question, comme des mouches passées sous une bombe aérosol, s’écroula au sol pratiquement dans un seul mouvement, dans une danse parfaitement orchestrée. Debout au milieu de se parterre de corps, ne restaient qu’Austin et les deux agents.

Si la panique le traversa un instant, il n’en montra rien et se contenta de lever les mains en l’air.

« Lâche ta baguette ! » S’écria Kinkade, sa voix légèrement étouffée par son masque. Austin s’exécuta de mauvaise grâce et se laissa menotter comme un vulgaire moldu par l’agent Fawlkes, puis entraîner vers la sortie, les détournant de l’estrade sur laquelle Brooklyn grimpa aussi discrètement qu’agilement, son visage lui aussi légèrement déformé par le sortilège de têtenbulle. Elle prit Ainsworth par les aisselles et le tira en arrière, avant de se souvenir qu’elle avait toujours une baguette et que si elle était capable de faire un têtenbulle sans se rater, elle pouvait facilement se lancer dans un vulgaire sortilège de lévitation.

Elle le fit passer par la petite porte qu’elle avait elle-même prise et qui l’emmenait dans une arrière salle où le personnel embauché pour les occasions comme celle-ci était supposé se préparer. Mais là aussi il n’y avait qu’un parterre de corps gisants. Brooklyn, les ignorant royalement, sortit une petite capsule de la poche de son chemisier et la fit ingérer par Ainsworth. Une seconde plus tard, il se redressait brusquement, comme s’il avait reçu un électrochoc, et Brooklyn se recula légèrement.

« Qu’est-ce qu… » Marmonna-t-il d’une voix rauque en plaquant maladroitement ses mains sur son front.
« Toi, ainsi que toutes les personnes présentes dans cette salle, avez eu l’immense plaisir d’inhaler le dernier cocktail Molotov de Gomez. » Répondit sèchement Brooklyn. « Et je t’ai réveillé avec son antidote spécial relevé à la sauce veritaserum. Alors maintenant, tu vas me répéter tout ce que tu as dit à ces enculés d’Interpol. Maintenant ! Et dans les détails ! »
« Je n’ai rien dit du tout à ces enculés d’Interpol. »
Répondit Ainsworth du tac au tac, visiblement étonné de l’effet que produisait la potion sur lui. « Putain c’est quoi ce bordel ? »

Il ne se perdit pas plus en tergiversation, et avant de laisser même le temps à Brooklyn d’encaisser sa première réponse, il la menaçait du glock qu’il avait dissimulé à l’intérieur de sa veste. Les grands yeux verts de Brooklyn se transformèrent en deux fentes assassines, et elle amorça un mouvement pour lancer un sortilège à Ainsworth. Mouvement qui fut immédiatement avorté par le coup de feu qu’il lui tira dans la main sans ciller. Et sans se rater non plus.

Brooklyn poussa un hurlement de douleur et fit tomber sa baguette tandis qu’elle agrippait son poignet par réflexe, pile à la pliure de la main, là où la balle l’avait effleurée… Suffisamment néanmoins pour lui faire pisser le sang.

« Maintenant tu vas rester calme, ma petit cocotte, et tu vas m’obéir bien tranquillement. Tu vas me laisser te menotter et conduire jusqu’au van de ces ‘enculés’ d’Interpol et si tu restes tranquille, je te promets que l’interrogatoire ne sera pas trop douloureux. Deal ? »

Par-dessous le rideaux de ses longs cheveux bruns qui tombaient en cascade devant son visage, Brooklyn le détruisit du regard.

« Je suppose que c’est un non. Tant pis pour toi, petite garce ! »

Ainsworth se pencha sur elle, et Brooklyn se débattit comme un beau diable, mais entre deux coups de griffe, il parvint néanmoins à attacher ses mains sur son dos, rendant la douleur encore plus insupportable alors que les menottes venaient caresser sa blessure.

« Lâche-moi, ordure, ou je te promets d’assassiner chacun des tiens jusqu’à ta treizième génération ! » S’exclama-t-elle en s’agitant entre ses bras.
« Ferme-la et avance ! » Répondit simplement Ainsworth en la poussant sèchement en avant, la faisant trébucher sur l’un des corps sans même chercher à la rattraper.

Ils quittèrent le petit vestibule et furent accueillis dans le hall par une équipe d’agents qui arrivaient justement en sens inverse.

« Ca va, chef ? » Demanda l’un deux, visage poupin, cheveux bouclés et yeux noirs de jais.
« Chef ? » S’étrangla Brooklyn, comprenant qu’elle s’était fait mener en bateau, alors qu’Ainsworth, derrière elle, lui faisait une douloureuse clé de bras.
« Tu parleras seulement quand je te l’autoriserai ! Moore ! Occupe-toi d’elle. Comment je fais pour reprendre mon apparence, bordel ? »
« Hum, vous devez juste… Attendre, chef… »
Répondit ledit Moore sans trop oser s’avancer. Brooklyn profita du fait qu’Ainsworth la poussait dans les bras de l’agent pour se retourner et le regarder avec des yeux écarquillés.

« Vous n’êtes pas Ainsworth ! » S’écria-t-elle.
« Ouahou ! » Répondit celui-ci avec une féroce ironie. « Toi, t’as au moins fait math sup pour être capable d’avoir compris un truc comme ça. Commandant Ford à ton service. T’inquiète pas, ma jolie, tu sauras bien vite à quoi je ressemble. »

Brooklyn dans un hurlement de rage, voulut se jeter sur Ford, mais Moore la rattrapa rapidement. Malgré sa carrure moyenne, il n’eut aucun mal à la maîtriser, et tandis qu’elle essayait de se défaire de son étreinte, elle pouvait constater sans peine la force physique dont il disposait. Il peina néanmoins à la faire sortir du hall de la BBC, laissant derrière eux un Ainsworth/Ford qui se grattait le crâne avec perplexité en balayant du regard le carnage autour de lui.

« Comment je vais justifier ça moi ? » Grommela-t-il, plus que blasé.

***


« Ils sont prêts tous les deux, chef ! » Lui annonça Stanford tandis qu’il avançait d’un pas rapide dans les couloirs des bureaux Specimen. McGarrow s’était occupé de contacter le Ministère de la magie afin qu’ils déploient leur équipe d’oubliators pour faire passer l’attentat d’Austin pour une simple intoxication au monoxyde de carbone due à une défaillance des chauffages.

Ford n’eut qu’un bref hochement de tête. L’excitation courait dans ses veines comme un bon shoot de coke, et il ne tenait plus en place. Dans des moments importants comme celui-là, son hyperactivité prenait le pas sur tout le reste, et il se savait encore moins maîtrisable que le reste du temps. Il fouilla dans sa poche et en sortit une petite boîte de gélules qu’il renversa dans sa paume, en avalant deux comprimés comme ça.

Il pénétra vivement dans la salle de réunion où sa petite équipe d’enquêteurs était en train de s’agiter.

« Kinkade et Moore, vous vous occupez du mec. McGarrow et moi, on prend la fille. »

Ryan et Travis se levèrent d’un bond du bout de table sur lequel ils s’étaient appuyés en attendant les ordres de Ford, et se tapèrent dans la main.

« Salle numéro 2. » Les informa Liam Stanford lorsqu’ils passèrent à côté de lui pour quitter la pièce. « Et salle numéro une pour la fille… » Ajouta-t-il en réponse au regard que lui lança Ford.

C’était parti pour l’interrogatoire à la sauce Cameron.

_________________
FORD

Moldu
Commandant et responsable de la section sorcière d'Interpol
17/07/2013, 22:11
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Brooklyn Jones
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MessagePosté le: 11/08/2013, 00:50    Sujet du message: Exit Omerta Répondre en citant

Derrière la vitre sans tain, une main appuyée sur le mur et l’autre sur sa hanche, Cameron Ford  observait attentivement les moindres faits et gestes de Brooklyn. La jeune femme, assise sur une chaise soudée au sol, derrière une table en fer, se tenait son poignet douloureux. Du sang coulait paresseusement entre ses doigts et formait de petits sillons rouges jusqu’à son coude. A ses pieds, une flaque de sang grossissait lentement mais surement jusqu’à lécher la semelle de ses chaussures. Cela faisait maintenant deux heures qu’il la faisait poireauter là et même s’il mourrait d’envie d’aller la secouer jusqu’à ce que mort s’en suive, Cameron savait qu’il devait se montrer patient. Patient et stratégique.

Heureusement que Moore et Kinkade étaient déjà en train de cuisiner le journaliste, sinon il n’aurait pas tenu. Il suffisait qu’il traverse la petite salle obscure dans laquelle il se trouvait, vers une autre vitre sans tain pour suivre l’interrogatoire d’Austin Doll. Ils n’avaient eu aucun mal à retrouver son nom. A vrai dire, c’était écrit sur sa carte de presse et le journaliste s’était même payé l’audace de l’éperler : « Doll avec deux L » alors que Moore le prenait en photo pour la constitution du dossier. Dès leur arrivée dans les locaux, McGarrow n’avait pas voulu perdre de temps et leur avait fait ingurgiter du Véritasérum. Doll était certes bavard, mais prenait un malin plaisir à détourner toutes les questions des deux agents. De toute évidence, les soldats de Carolyn étaient bien entraînés et Cameron constata avec une jubilation intérieure que la Magie n’était pas infaillible. Il ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Moore et Kinkade posaient les bonnes questions, ils avaient la bonne attitude mais il y avait toujours des cas compliqués. Doll était un cas compliqué. L’intimidation, le chantage, le copinage, rien ne semblait avoir d’effet sur le journaliste. Et à en croire les phalanges bleuies de Ryan Kinkade, la manière forte n’était guère mieux. D’ailleurs, ce dernier sortit furibond de la salle d’interrogatoire et pénétra comme une tornade dans l’arrière salle où se trouvait Ford.

« Putain mais j’vais lui faire avaler mon poing à ce connard ! »
beugla-t-il alors qu’une de ses collègues arrivait déjà avec un sac de glace.

Ford ne dit rien et reporta son attention sur Brooklyn qui s’était avachie sur sa table, complètement dans les vapes. Il avait fait le pari de jouer sur l’épuisement et la frustration avec elle, il espérait que sa stratégie ait plus de succès que celle de ces foutus Spécimen, juste pour faire davantage grossir son égo. Ses manières, bien qu’efficaces, étaient rarement appréciées et McGarrow avait préféré se trouver une occupation à l’autre bout de l’Agence plutôt que d’assister à cet échange. En cas de problème, il ne voulait pas se rendre complice des agissements du Commandant Moldu. Néanmoins, il gardait toujours un œil sur les écrans de son bureau, directement reliés aux salles 1 et 2 du sous-sol. Et lorsqu’il vit son collègue entrer dans la petite salle, il se servit un double whisky.

La pièce était plus froide que le reste du bâtiment et la lumière crue qui s’échappait du luminaire en acier suspendu au dessus de la table accentuait l’atmosphère glaciale du lieu. Une forte odeur de sang agressa aussitôt le commandant qui ne put retenir une grimace. Où était-ce la présence de Brooklyn qu’il ne supportait pas ? Il referma la porte derrière lui et attendit le cliquetis du verrou avant de prendre place de l’autre côté de la table, sur la seconde chaise. Dans son dos, la vitre sans tain derrière laquelle plusieurs paires d’yeux le fixaient. Au bout de quelques secondes – Brooklyn n’avait pas bougé d’un millimètre – il ôta sa veste, remonta consciencieusement les manches de sa chemise puis tira sur sa cravate pour en desserrer le nœud.

Il patienta encore une bonne minute, surveillant la respiration faible mais régulière de sa prisonnière avant de lui prendre délicatement le bras. Il sourit en voyant la blessure qu’il lui avait infligée et regretta de n’avoir pas fait plus de dégâts. Mais il se raccrochait à l’idée qu’une petite piqûre invisible pouvait être bien plus mortelle qu’une morsure grossière. Et contre toute attente, il sortit un bandage de sa poche et pansa la plaie de Brooklyn avec une dextérité surprenante. On aurait dit une infirmière en pédiatrie. Pour autant, personne dans l’arrière salle n’osa commenter ce qu’ils voyaient tout comme Gowan, dans son bureau, qui retenait son souffle.

Brooklyn se réveilla mollement, sentant la pression des doigts de Ford sur son poignet. Elle gémit, d’épuisement et de douleur et tenta de se défaire de son emprise avec le peu de force qu’il lui restait. Mais elle avait l’impression d’être au ralenti et à l’inverse, lui, c’était Flash en plein sprint. Elle réussit à marmonner un « lâchez-moi » mais le « …espèce d’ordure » était resté coincé dans le fond de sa gorge. Elle ne pouvait compter que sur sa rage et sa haine pour tenir le coup et se redresser sur sa chaise. Elle n’eut qu’un vague regard sur le bandage qu’il lui avait fait… Elle n’allait certainement pas le remercier pour ça. Malgré l’étourdissement, elle soutint son regard pendant ce qui lui parut être une éternité avant qu’il ne se retourne légèrement vers la vitre et lève sa main.

« Je vous préférais en Ainsworth… vous aviez l’air plus menaçant !
Tacla -t-elle avec un léger sourire en coin.

Cameron lui renvoya un rictus tout aussi moqueur sans pour autant lui répondre. Une seconde plus tard, une femme en tailleur noir entra et déposa sur la table un hamburger fumant emballé dans un papier plein de graisse. Son estomac gronda et la salive envahit sa bouche. Elle tendit sa main vers le sandwich mais Flash avait été bien plus rapide et c’est avec un plaisir exagéré que l’agent d’Interpol mordit dedans, faisant dégouliner le fromage sur la table. Même à ce moment là, Brooklyn était trop faible pour répliquer et elle se contenta de lâcher un rire sans joie. Elle le regarda s’empiffrer pendant plusieurs minutes et se lécher les doigts un à un. Il s’essuya ensuite les mains avec une serviette en papier qu’il balança à l’autre bout de la pièce puis, une fois repu, il fit glisser un dossier vers elle.

Il l’ouvrit, il était vide.

« C’est ton dossier. »
Dit-il en la dévisageant, les bras croisés sur son torse. Voyant qu’elle n’avait aucune réaction, il poursuivit :
« Je suis d’accord, c’est un peu maigre. Faut croire que j’ai affaire à une bande de bras cassés qui ne savent pas chercher. En même temps… je n’aurai peut être pas dû demander à ces incapables de Sorciers de faire ce boulot ! »

Brooklyn bouillonnait de l’intérieur. Se trouver dans la même pièce qu’un Moldu était déjà assez insupportable… alors s’il se mettait à insulter les siens, elle n’allait pas rester de marbre bien longtemps. Mais rien que l’idée de se lever lui donnait la nausée.

« Mais j’ai là de quoi grossir ce dossier. »
Dit-il en sortant une feuille pliée en quatre de la poche de sa veste restée sur le dossier de sa chaise. Il la déplia et plissa les yeux pour lire les lignes minuscules qui noircissaient la page. Il lui fit l’étalage des différents chefs d’accusation dont elle faisait l’objet et d’après ses dires, ils découlaient tous, plus ou moins, à l’emprisonnement à perpétuité. Toutes ces lois, tous ces termes juridiques la dépassaient. A son époque, on ne s’embêtait plus vraiment avec les lois et les prisons n’existaient plus depuis longtemps. On était soit en cavale, soit morts et c’était bien plus simple. Nullement impressionnée, elle soupira.

« T’as raté ton coup ma belle, faut te rendre à l’évidence !
- Sans Ainsworth, vous seriez encore en train creuser les décombres de Saint-Anne. Répliqua-t-elle d’une voix faible mais clairement assassine.
- Ainsworth n’était pourtant pas au courant de votre petite mission à la BBC. Un vrai fiasco, pas un seul mort. Sullivan vieillit et sa petite organisation bat de l’aile.
- Garde bien ton petit papier parce que c’est tout ce que tu auras sur moi.
- Qui tu es ? J’en ai strictement rien à foutre. J’ai de quoi te faire moisir pour l’éternité dans une prison à l’autre bout du monde si ça me chante. Et que tu parles ou non, l’issue sera la même.
- Alors pourquoi on perd notre temps ?
Dit-elle, lassée. Personne ne viendra me chercher et s’ils ne pensent pas déjà à m’achever, je le ferai moi-même volontiers.
- Vous êtes pourtant venus pour Rosa…


Cameron n’aurait su expliquer ce qui se passa dans le regard de la jeune femme au moment où il avait prononcé le nom du portoricain, mais de toute évidence, il y avait quelque chose. Brooklyn s'en rendit compte et chassa l'image de Tony de ses pensées. Elle espérait seulement qu'il ne soit pas celui envoyé pour la faire taire... ou pire, qu'il soit pris d'une folle envie de venir la sauver.

- T’as pas voulu toute cette merde.
Reprit-il. Et il n’y a aucune raison pour que TOI tu coules et pas ceux qui t’ont conduit ici…
- VOUS m’avez conduite ici !
- Joue pas à la plus maline, t’es pas en position.
- Tu ne sais rien de moi, tu l’as dit toi-même. Tu ne sais pas ce que je veux ou pas.
- Qu’est-ce que tu veux alors ?
- Je veux sortir d’ici.
- Pour aller où ?
- Chez moi.
- A Little Swang ? »


Brooklyn écarquilla les yeux. Comment était-il au courant pour Little Swang ? Elle avait encore en mémoire l’attaque de l’Ophelinat dont il était l’instigateur et craignait qu’à l’instant même où ils conversaient, Tony, Rick, Rose ou encore Sean se faisaient massacrer. Et Santo… Elle ne pouvait pas l’imaginer. Si c’était Ainsworth qui avait parlé – ça ne pouvait être que lui – qu’avait-il dit encore ? Elle lâcha un soupir plein d’amertume. Son propre échec allait couter la vie de ceux qui l’avaient adoptée, de ceux qu’elle aimait.

Cameron n’avait pas perdu une miette du trouble qui venait de la saisir et il choisit ce moment pour se relever et quitter la salle d’interrogatoire pour la laisser mijoter encore un peu. De retour dans l’arrière salle, Moore avait laissé sa place à Kinkade qui aboyait comme un doberman sur un Doll qui ne devait certainement plus pouvoir articuler un traitre mot, la bouche en sang.

« Comment ça se passe ?
Demanda Cameron déjà prêt à faire demi-tour pour retourner à son propre interrogatoire.
- Il ne dit rien. Il résiste particulièrement bien et les seuls noms qu’il lâche sont ceux de ses collègues de la Gazette. On attend un Legilimens pour prendre le relais.
- Un quoi ?
- Un sorcier qui lit dans les pensées. »


Ford leva les yeux au ciel puis s’éclipsa en marmonnant dans sa barbe. Il n’avait pas besoin d’un fakir pour faire son boulot. Il sentait qu’il était sur la bonne voie. Il sentait que sa prisonnière était faillible et il pouvait encore compter sur les pouvoirs du Véritaserum pour la faire craquer. Certes, c’était de la Magie, mais pour une fois, il sentait qu’il pouvait la manipuler… lui, le Moldu.
 

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26 ans

"Where there is desire, there is gonna be a flame.
Where there is a flame, someone's bound to get burned.
But just because it burns, doesn't mean you're gonna die. You gotta get up and try."
11/08/2013, 00:50
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